LA PLASTIQUE EXPÉRIENCE DE GUM [RENCONTRE]

Gum est peintre. Du haut de ses 40 ans, avec son nom de friandise et un bon sac d’humour pétillant,  il détourne les codes de notre société de surconsommation. Il est sans conteste l’une des figures montantes de l’art urbain en France.  Acidulé, bubble, ludique… Son univers artistique subversif, nous ramène tout droit à l’âge des dessins animés.

Il donne vie à ces personnages plastiques, tout en rondeurs et en sucre de barbe-à-papa qu’il nomme Hello clito, Mr Masturbator ou encore Foofoonette plastik. Il place son œuvre entre les joies candides de l’enfance et l’horreur du consumérisme préfabriqué: un art bi-goût.

Rencontre avec cet artiste montpelliérain haut en couleur!

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01- Gum, qui es-tu? Que fais-tu? D’où viens-tu? 

– Gum: Je ne suis qu’un singe endimanché en mal de reconnaissance, un pur produit à usage unique, qui refuse de grandir dans une matrice plastifiée, au goût artificiel…

Qu’entends-tu par « plastique expérience », titre de ton travail?

– Gum: En fait, le plastique est le point central de ma démarche artistique et le fil conducteur des thèmes tels que la pub, la consommation et la surconsommation, le sexe, notre société en général. La plastique expérience sous-entend le trop plein de conditionné, d’aseptisé et de prêt-à-consommer, qui altère tous nos sens. Un masticage indigeste de Gelatinex! Les images que je crée sont des manières de s’opposer à ce que notre société nous propose, dans sa dimension la plus mercantile. Mon travail consisterait à redéfinir certains codes « préfabriqués » avec une arme constante, l’ironie. Elle me sert à détourner, chambouler, mettre en exergue les contradictions d’un monde de consommation, d’une schizophrénie sociale, où plus rien n’est à sa place. Et comme notre terre est submergée de plastique, de gaspillage, mes œuvres aussi. Le plastique y fond à cause du réchauffement climatique, pendant que le monde regarde ailleurs.

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Comment tu t’y prends pour réaliser tes œuvres (quels outils, quels matériaux et quels supports…)?

– Gum: J’utilise toujours et uniquement la bombe. Une pratique qui m’est restée de ma période graffiti, vandale, lorsque je graffais sur des trains, des murs. Cela donne un aspect plastique, très lisse, très aseptisé. C’est ce que je recherche.

Question supports, j’ai peins sur beaucoup de « choses ». À commencer par des planches à repasser que je trouvais dans la rue et que je recyclais. Ce qui a finalement été une superbe transition quand j’ai dû peindre sur des planches de kite-surf, de skate… J’aime bien cet univers de la glisse. Je customise les planches d’un ami champion de kite-surf, Franz Olry, qui fabrique lui-même ses planches. Sinon, plus classiquement maintenant, je peins surtout sur toile ou sur bois. Souvent sur des rouleaux de 2 mètres!

J’utilise toujours la même technique: le pochoir. Je mets entre 3 et 6 jours à faire une toile. Je veux dire, à la réaliser, à la peindre. Une fois le concept pensé clairement, une fois que je sais exactement ce que je veux. Je dessine d’abord tout ce qu’il y aura sur ma toile sur du papier, au crayon. Puis une fois que c’est fait, je découpe tout. Ensuite, quand je veux peindre un œil par exemple, je prends le découpage, je peins autour, j’attends que ça sèche, je prend une autre partie de l’œil, je peins autour, etc. En fait je peins par couches, par puzzle…

Quels sont les artistes que tu aimes, qui ont inspiré ton parcours? 

– Gum: Du côté street art, je dirais bien-sûr Banksy, et Dran, un toulousain. Je suis complètement fan de ce qu’il fait. Basquiat aussi! Et puis Magritte.

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J’ai entendu dire qu’on t’avait refusé 3 fois aux Beaux-arts? Pourquoi?

– Gum: Oui, on m’a refusé 3 fois des Beaux-arts alors que depuis tout petit, c’était mon rêve. Ce qui était sur le moment une défaite, s’est transformé en victoire. Quelques années plus tard, j’ai été lauréat de la Biennale de Naples des jeunes créateurs d’Europe en 2005. J’étais le seul à ne pas sortir d’une école d’art. J’ai vu la différence et j’ai compris pourquoi je n’avais pas été accepté. Mon art à moi est populaire, il peut toucher n’importe qui. Je le vois quand j’expose.Il y a des gens qui aiment ce que je fais, d’autres non, mais parmi ceux qui aiment, il y a toutes les tranches d’âge, toutes les origines, toutes catégories sociales. Des vieux, des jeunes, des hommes, des femmes, des enfants, des riches, des moins riches, des étudiants… Pour moi, ça c’est une vraie victoire!  Je ne fais pas de l’art pour plaire à tout le monde. Mais je ne veux pas non plus ne plaire qu’à une infime partie d’une population spécialiste et élitiste. Je fais de l’art pour tout le monde. Aux Beaux-arts, les élèves sont parfois trop formatés. Ils apprennent aux gens à disserter des heures sur un carré blanc. Ce n’est pas ce que je recherche.

Que veux-tu exprimer à travers tes œuvres?

– Gum: Je veux parler de la société et de ses travers. C’est ma manière à moi de mêler monde enfantin et messages pour adultes (sexe, orgasme, guerre); ils se confondent tant que ça en devient anxiogène. Les jeunes veulent devenir vieux et les vieux veulent devenir jeunes. Maintenant, il y a des bonbons qui ressemblent à des drogues, et les drogues paraissent être des bonbons. Tout ça se mélange. Les gens aujourd’hui n’ont plus aucun repère. Plus personne ne trouve sa place. Ce qui pourrait définir ma démarche c’est « Fuck growing up ». En plus de tous ça, je pense être atteint du syndrome de Peter Pan! Mais ma peinture n’a pas pour vocation d’être provocatrice. Au contraire. Je joue simplement avec l’ironie Je ne suis pas là pour choquer les gens. Plutôt pour les faire réfléchir, et surtout pour faire sourire.

Il y a aussi ce que j’appellerai le côté « Idiocratie ». L’abrutissement de la conscience générale. L’abrutissement de l’intellect. Tout est prémâché, tout est prédécoupé. Il faut un mode d’emploi pour tout. C’est ce que je caractérise comme le « syndrome du Titanic ». On continue à astiquer les lustres du bateau qui est en train de couler. Là c’est pareil, on est attiré par tout ce qui est « bling bling », tout ce qui brille, qui est gonflable, qui s’envole, pendant que les bombes nous tombent sur la gueule. Chacun reste dans son monde, chacun veut avoir son Internet, son dernier objet high-tech. La pub nous promet toujours l’impossible: extra-power, maxi fraîche, sans effort, ultra doux, ultra speed. Et on finit par penser sérieusement qu’on va tous devenir des millionnaires, des stars et avoir de superbes voitures… Avec les 5 à 10 % du budget pub on pourrait régler la faim dans le monde.

Le monde est insensé et finalement, on l’accepte, on ne fait rien. On regarde ailleurs. J’essaie de parler de ça dans ma peinture. Mais je ne suis pas là pour jouer le moralisateur, ni pour faire culpabiliser les gens. J’en parle juste avec ironie. Tout est à prendre au sixième degré. C’est juste pour jouer, faire passer le message et arrêter de se prendre au sérieux.

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 Et le Street-art dans tout ça? 

– Gum: Mais en fait je n’en fais pas vraiment. Je suis juste catégorisé en tant que tel! Je ne peins plus dans la rue. La seule chose qui m’en rapproche c’est que je ne peins qu’à la bombe. Et que mon univers est imprégné d’art urbain. Je viens du graff, ce sont mes origines. J’imagine qu’il me reste encore des choses de cette période là de ma vie, mais je ne me considère pas comme un artiste street-art. Ou alors d’un nouveau concept : « Street art in my bedroom » !

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Tu fais aussi des séries de photos vraiment amusantes et totalement décalées, d’où vient cette idée? 

– Gum: En fait, ce sont mes muses. Je mets en scène ces muses pour les avoir avec moi. Elles sont mes inspirations pour mes tableaux.

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Si tu étais une couleur? 

– Gum: Le rose du bubble gum

Si tu étais un jouet? 

– Gum: Un pistolet à eau

Si tu étais bonbon? 

– Gum: Un Chamallow

Si tu étais un sex-toy?

– Gum: Le rabbit

Si tu étais un héros de fiction?

– Gum: Tyler Durden (Brad Pitt dans Fight Club)

Si tu étais une héroïne de fiction?

– Gum: Elastik Girl

Si tu étais une insulte? 

– Gum: Je suis un gentil garçon, pas d’insulte

 Si tu étais une devise? 

– Gum: FUCK GROWING UP!

 

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